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> Yvon Taillandier avec Nicolas Beauvallon
Yvon Taillandier converse avec Nicolas Beauvallon

N.B : Dans un roman que vous avez mis sept ans à écrire, que vous avez terminé en 1953, alors que vous aviez vingt sept ans, mais que vous n'avez jamais publié, "Les voyageurs involontaires", vous avez inventé un archipel qu'en vous inspirant du mot "onirique" qui signifie relatif aux rêves, vous avez baptisé Oniri. Vous laissiez entendre par là que les événements et les personnages qui se produiaient sur la scène de cet archipel pouvaient être tenus pour avoir été rêvés. Dix sept ans plus tard, quand, en 1970, vous avez inventé les taillandier-landais que vous avez montrés dans des tableaux et des monuments de carton, est-ce que vous les avez rêvés? Sont-ils nés de votre sommeil?

Y.T.: Non, les taillandais-landais sont nés du besoin de renouveler la figuration. A cette époque, dans de vastes régions de l'art, régnait encore l'abstraction. Or, selon le mot d'Anton Schütz, j'ai fait "abstraction de l'abstraction". Me fondant sur une assertion de Robespierre, cité par Baudelaire : "L'Homme ne voit jamais l'homme sans plaisir". J'ai décidé que je peindrais des êtres humains. Mais vingt ans de critique d'art m'avaient appris que depuis le début du siècle et même depuis plus longtemps (depuis Ingres notamment) l'image de l'homme tendait à se transformer d'une façon considérable; comme j'avais à ce sujet des idées que j'avais déjà exprimées en littérature, dans mes contes côniques ou triangulaires, je résolus de contribuer à cette transformation.

NB : A ce moment se manifestait aussi une tendance qui avait le nom de post-modernisme et dont les tenants, comme d'ailleurs plusieurs nouveaux figuratifs des années soixante, répudaient les innovations de l'art moderne;

Y.T. : Bien entendu, je me suis désintéressé de ces gens là.

N.B. : Il y avait aussi des photographes et les hyper-réalistes.

Y.T. : je ne me suis pas davantage intéressé à eux. Ni eux, ni les post-modernistes, à mon avis n'apportaient rien d'important qui fût nouveau par rapport à la peinture classique. Et c'était cette peinture qu'il fallait réformer. Même en s'inscrivant dans ce que Dorival nommait "la tradition des innovations", c'était un grand travail !

N.B. : Vous avez divisé la difficulté pour la vaincre, selon le conseil de Descartes et de la sagesse des nations ("diviser pour régner"). D'une part, vous avez entrepris de transformer le personnage, dans les années soixante-dix, sans vous soucier du paysage qui le contient. Ensuite, à partir des années quatre-vingt, vous vous êtes occupé du paysage.

Y.T. : pour modifier l'anatomie classique, j'ai procédé tantôt par diminution (ou simplification), tantôt par augmentation. Exemples de diminution : le capitipéde qui n'a ni bras ni tronc et qui se réduit à une tête portée par deux jambes, le céphalien dont tout l'être se résume à une tête. Augmentation : le centaure amélioré qui a plus de deux troncs et plus de quatre jambes, l'altiste qui a plusieurs troncs superposées. Etc...

N.B. : Vous avez fait aussi des polycéphales, des multibrachiens, des multipèdes. Mais l'augmentation à laquelle vous attachez le plus d'importance, avec raison, c'est celle qui consiste à multiplier les troncs.

Y.T.: Oui, car il existe dans l'iconographie religieuse de l'Inde des humanoides divins ou démoniaques à plusieurs têtes, à plus de deux bras et plus de deux jambes, mais les polytroncs sont rarissimes partout, si l'on excepte le centaure grec qui fait pauvre à côté du centaure amélioré ou entaure taillandier-landais.

N.B. : A partir des années quatre-vingts, vous avez eu des imitateurs, les peintre dits de la "figuration libre". Pour vous distinguer d'eux vous avez baptisé votre peinture "figuration libératrice". Qu'entendez-vous par là?

Y.T. : On parle toujours de libérer les peintres. pour moi, ce sont les spectateurs auxquels il faut donner le sentiment de liberté.

N.B.: Et, ce sentiment, vous le donnez par le caractère joyeux de vos couleurs, par l'animation de vos personnages, par la multiplicité des inventions, par un paysage sans ligne d'horizon et où la pesanteur a cessé d'être tyrannique : tous vos personnages peuvent, s'ils le veulent, voler ou flotter sur les tapis volants que constituent un de leurs membres ou une autre partie de leur corps qui sont hypertrophiés : bras, doigt, lobe de l'oreille, nez, menton ...

Y.T. : Et aussi par la narration. Au verso justement vous voyez des femmes progressives. La première a un sein, la seconde deux, la troisième trois, la quatrième quatre... Vous pouvez penser que chacune est un moment de vie; un morceau de temps. Mais rien ne vous empêche de changer l'ordre de ces moments: de regarder la quadrimaste d'abord, puis la bimaste, puis la trimaste et de finir par la monomaste. Ainsi vous avez l'impression de jouer avec la temporalité et d'échapper à sa contrainre. Dès lors la peinture peut-être libératrice.

N.B.: D'où sans doute l'affirmation allègre de deux de vos confrères peintres qui, sans se connaître et à des personnels différentes, dans des milieux différents, ont dit:"Quand on voit un Taillandier le matin, on est content pour toute la journée.

II


(la suite plus tard...)


, 01 janvier 1998

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