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01 janvier 2010 - 01 janvier 2015

JOURNAL IX 1958, page 1.538

"l'interview, le problème de la compréhension. Justification de la répétition dans mes "Voyageurs involontaires". Voici ce que j'ai noté sur ces sujets, ce matin, sur une feuille volante, et que je recopie.
Le grand problème est celui de la compréhension. Comment se faire comprendre ? Comment se faire comprendre des autres ? Les choses qui ne sont dites qu'une fois, on les oublie, ou on les entend mal ; on peut se tromper sur leur sens. C'est pourquoi il est bon de répéter.
Mais la répitition peut ou bien exaspérer ou bien bercer et endormir.
Il faut être dans un état particulier pour comprendre. Il fait être réceptif, se trouver dans un état de disponibilité intérieure à l'audition, à la préhension de ce qui est offert.
Pour se mettre dans cet état, il faut, quitte à se condre-dire ensuite, penser qu'il est plus difficile de recevoir que de donner. On prend alors les mesures nécessaire pour bien recevoir.
Pour être réceptif, il faut être dans une sorte d'état second. Piaubert me disait que j'étais un peu médium.
Supposons que nous soyons d'accord sur ce point, pensons maintenant le contraire de ce que nous avons pensé et disons qu'il est plus difficile de donner que de prendre (entendant le mot prendre dans le sens de prendre mal - honnêtement, voler, violer). Aprés avoir pensé à nous, pensons à l'autre, celui qui doit donner.
Il faut susciter chez le donneur, le parleur le besoin de donner, de parler. Par la répétition de la question (frottement), on irrite, on suscite l'agressivité, on provoque une érection mentale. Ensuite, il faut faire sortir la chose profonde qui doit être dite. Il faut provoquer l'éjaculation (mentale).
Il s'agit de donner au parleur, encore muet, l'impression que son être ne peut contenir tout ce qu'il a, l'impression qu'il a besion d'une décharge, de tirer (mentalement) un coup, comme on dit populairement. A cette fin, il est bon que la question ait quelque chose de passif. C'est pourquoi les questions vagues et mal formulées ne sont pas toujours les plus mauvaises questions.
L'incantation. Cette idée, à propos de la répétition, m'est venue, hier, dans le métro. L'incantation, c'est, si l'ontient compte du préfixe in (dans), être dans la cantation (le chant). L'incatation, l'auteur se met dans le chant, passe de la parole au chant, s'échauffe. La répétition produit l'échauffement propre à échauffer, à porter l'esprit jusuq'à la chaleur du chant. De même, la répétition suscite, chez l'auditeur ou le lecteur, l'échauffement, l'irritation nécessaire à la mise dans le chant. Reste à dire maintenant ce que c'est au le chant."

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Le problème de l'imperfecttion. Si l'oeuvre est parfaire, quelle faille le lecteur, le spectateur trouvera-til pour s'y insinuer ?
Le souci de l'efficacité. En peinture, n'y a-t-il pas un plus grand souci d'efficacité que de perfection formelle ? Ce souci de l'efficacité expliquerait le passage du géométrisme au tachisme, puis la réintroduction du volume et du sujet dans la peinture abstraite. Tout cela en dépit des règles qu'on arrivait à grand-peine à formuler. Les figures géométrique ont beau être des figures, elles sont plus abstraites que des tâches. Les tâches ressemblent si facilement à autre chose. Mais ne nous engageons pas dans cette voie.
Efficacité. Elle s'est déplacée depuis le moment où Gischia me reprochait d'employer le mot beauté. Et encore, est-ce bien sûr ? Ne m'a-t-il pas dit que sa peinture était destinée aux automobilistes! Je pense toutefois que l'idée d'efficacité à laquelle il est le plus attaché, c'est l'idée d'efficacité dans l'art même. Les moyens d'expression, dit-il, s'usent. L'efficacité, c'est, pour lui, trouver des moyens d'expression qui soient neufs, qui ne soient pas usés.
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Au début, pour moi, l'utilité du beau c'était de nous accorder au monde.
J'ai pensé ensuite que, le monde, c'était d'abord, le monde humain, la société. Et j'ai défini la peinture abstraite comme une peinture ayant une fonction précise dans notre société. Elle developpe l'imagination, or, dans une société qui s'invente, on a besoin d'imaginatifs, d'inventeurs. L'art des "fous" qui inventent leur monde nous intéresse à cet égard.
Les surréalistes ont étudié les moyens de devenir fou, c'est à dire inventif.
L'intelligence, c'est la fcaulté de comparer. Je m'étais toujours tenu à cette définition jusqu'au jour où Spar m'en suggéra une autre : l'intelligence, c'est la faculté de prévoir.



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