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> LA LIGNE, 1990
sur les dessins de mes premieres tentatives de

10 octobre 2010 - 10 octobre 2015

J'ai commencé par m'exprimer au moyen du dessin, par réfléchir sur les moyens que me fournissait la ligne.
Elle me permettait de saisir le contour des visages. Elle me suffisait quand ceux-ci se présentaient de profil. Elle était un peu moins éloquente quand ils se présentaient de face ou de trois-quarts. Et puis elle manquait de matérialité comparée à la tête, au bras, au corps, lourds et encombrants. Elle était trop discrète comparée à ce qu'elle devrait remplacer, c'est à dire représenter.
J'eus très vite recours à son élargissement au moyen d'une sorte de nuage qu'elle semblait émettre. Je passais mon doigt sur elle et se produisait une salissure qui l'élargissait dans la mesure où cette salissure ne se distinguait pas nettement de son tracé, de sa trajectoire. En outre, elle séparait le visage du fond auquel j'avais le tord de ne pas attacher d'importance, mais dont il fallait bien que je m'occupe.
Je le supposais et c'était, à mon avis, déjà bien. Je le sollicitais pour mettre en évidence le contourt de la tête : du côté où la tête était éclairée, je lui ordonnais d'être sombre. Au contraire, du côté où la tête était sombre, je décidais qui lui devait être clair. Cet effet d'alternance me plaisait beaucoup, encore qu'il fût un peu simplet, ce dont je m'aperçus vite ; cherchant un remède, j'eus recours à ce que je nomme aujourd'hui : un dégradé !
Or, ce dégradé produisait une impression de volume. Cette impression qui, aujourd'hui, me gênerait, me fut au contraire agréable et même stimulante. Car à cette époque, je rêvais de devenir sculpteur. J'avais un sentiment très fort de l'insuffisante réalité du dessin, de son caractère dérisoire comparé aux richesses du modelè, de sa pauvreté à laquelle il était de mon devoir de remédier. L'aumone du modelé était donc indispensable. Ce n'était pas un acte de charité facultatif, mais une action nécessaire et urgente.

J'entrepris donc de modeler et comme je ne l'avais jamais fait je me sentais stimulé par l'idée que je partais à la découverte et, même si ce que j'allais faire avait déjà été fait, je sentais confusément que je l'accomplirais d'une autre manière et que je découvrirais autre chose. Et c'est un fait que je donnai au modelé et au dessin une violence exceptionnelle. J'avais vu beaucoup de dessins dans la collection de celui qui allait devenir mon premier marchand, Renaud Icard; mais aucun des dessins étudiés n'avait la violence des miens. A l'époque, Icard ne disait pas la violence, mais la puissance.
Cette violnece donnait une autorité aux visages que je faisais apparaitre sur de modestes feuilles de cahier de papier d'écolier,.
Je me félicitais de cette modestie du support. Je me rends compte aujourd'hui qu'il ne m'intimidait pas, ne m'écrasait pas, mais que sa faiblesse, sa modestie, me donnaient de la force, de l'orgueil. J'avais l'impression de créer à partir de rien, divinement.
Quelle joie ! Quelle ivresse !
A cette époque, je souffrais de terribles maux de tête causés par une sinusite. J'avais bien besoin de cet enthousiasme pour les affaiblir, si ce n'est les oublier ou les guérir.


TAILLANDIER


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