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01 janvier 2010
ecrits

Notes sur le taillandier-land

la création des capitipèdes;
raison esthétique pratique : il me fallait de gros personnages - des éléphants mais qui ne fussent pas des éléphants (trop complexes, notamment à l'endroit de la bouche et des défenses). Vues de face ou de profil, ces grosses têtes sans corps soutenues sulement par dexu courtes pattes me donnaient satisfaction : elle me fopurnissaient un espace carré ou circulaire non morcelé et homogène. Au début, je me contentai de les nommes "les grosses têtes", mais assez vite me vint et me séduisit le néologisme CAPITIPEDE. Nom dont je me complaisais à indiquer l'éthimologie latine: de "capet, capitis : tête, et pes, pedis : pieds". Tout d'abord, je m'inquitais un peu : le mot ne faisait-il pas comique ? puis il me sembla et se confirma que ce caractère comique précisément participait de sa vertu, de son efficacityé... Cela contribuait à donner au Taillandier-land peint, ou dessiné, voire sculpté ou architecturé un ton de gaité que n'avait peut-être pas autant le Taillandier-land écrit.
Les capitipèdes ont une bouche, un nez, une langue, des dents, des oreilles. Ils pourraient être de bons clients pour l'ORL, à l'exemple duquel, je devais être soumis ce matin, premier aout. Que les capitipèdes pensent et parlent, on le croit volontiers. Leur cerveau étant, sur les autres organes, privilégié comme il est, on pourrait même croire qu'ils ne dont que ça, et marcher, courir, sauter, gambader.
Dans la documentation taillandier-landaise, on trouve de très nombreux capitipèdes produisant des balloons pour employer la langue technique de la bande dessinée ; et, dans ces ballons, on trouve de très nombreux propos, questions, réflexions, réponses, jugements, plaintes et plaisanteries en quantité. Oui, et même ces ballons au contenu si intéressant ne sont pas de forme quelconque - souvent, en effet, ils sont céphalomorphes, voire capItipèdoformes, de sorte que le capItipède parleur est doublé, souvent précédé d'un autre capétipède qui lui sort de la bouche et qui est rempli de mots. Mais lui-même, le capétipède principal, de quoi est-il rempli ? De matière cérébrale et de cet air dont les mouvements de ses dents, de ses lèvres font des mots ? Sans doute, mais cet air, comment l'appelle-t-il à lui ? Avec quels poumons l'aspire-t-il ? Et s'il y a des poumons, où se trouvent-ils, ces sacs à oxygène, par rapport à son nez, à sa bouche, à son cerveau? Et si les poumons capitipèdiques existent, sont-ils agrémentés d'un coeur ? Les capitipèdes ont-ils un coeur ? Intelligents, certes; mais sensibles ? Mais courageux ? "Capitipède, as-tu du coeur ?" Et de l'estomac ? "As-tu de l'estomac, capitipède si séduisant ?" .....

LE TAILLANDIER-LAND, royaume ou république ?
En principe, dans ce territoire imaginaire, je fais ce que je veux. J'y suis tout-puissant. C'est un empire que je gouverne, que j'accrois, que je diminue à mon gré. Non seulement je suis capable d'n déplacer les frontières, d'y bâtir des villes, des villages, des temples, ce qui n'est pas exclus du pouvoir d'un chef politique aux droits très étendus, mais; ce qui est moins ordinaire, j'y peux établir des p^laines, creuser des vallées et des vallons, j'y fais pousser des montagnes, j'y trace des fleuves et des rivières...
Et comment peut-on parler de Républque Taillandier-landaise?
- Et pourtant, on en parle !
Au moment où j'écris cette note (sur un cahier japonais acheté il y a seize ans, au Japon où je vais retourner cette année - le Japon, lui aussi, mais sous le nom vénérable de Cipango appartient au taillandier-land, toutefois ceci est un autre sujet), donc, au moment où j'écris cette note, le lundi 31 Juillet 1978, à l'hopital Claude Bernard où je suis, pour une énigmatique fièvre (l'hopital est l'hopital des "fièvres inexpliquées") depuis le 25 juillet à midi - donc au moment où j'écris cette note, il n'y a pas de document iconographique témoignant bien clairement de l'existaence d'une république taillandier-landaise, d'une constitution taillandie-landaaise, d'élections taillandier-landaises réalisées selon des régles républicaines. Cependant, il existe plusieurs dessins en couleurs ay crayon feutre - dessins qui ont été exposés à Rotterdan (galerie Delta, en 1971) - et qui montrent des affiches électorales incitant le public taillandier-landais à voter....


Caractéristiques sexuelles dans le taillandier-land
L'idée selon laquelle, au début, dans le taillandier-land en images, il n'y avait pas de caractéristiques sexuelles est une erreur. Les cahiers de dessins qui constituent les premières images, les premiers documents sur le taillandier-land pictural ne comportent pas des personnages sexués. Même un de ces personnage - qui est très important dans l'histoire taillandier-landaise et qui est réduit à l'état de boule possède des organes sexuels dont l'indication n'a rien d'évasif. Or, ces cahiers datent de 1969, c'est à dire du début du Taillandier-land en images. C'est également en faisant des exquisses destinées à ces cahiers de 1969, que j'ai découvert un type de personnage trés important : l'amoureux de la hauteur. Or cet amoureux de la hauteur qui mérite à lui seul un chapitre ne serait-ce que parce qu'il est le premkier taillandier-landais d'origine purement graphique, est une amoureuse de la hauteur, et il ne fait aucun doute, son sexe étant nettement indiqué, qu'il s'agit d'une femme - plus exactement d'une femme " améliorée", pour parler la langue taillandier-landaise technique...
Mais l'idée est vraie qu'après une première période de taillandier-landais sexués, il y a eu une seconde période, asexuées cella-là et qui devait être suivie d'une troisième période où, les complexités du dessin d'amélioration étant maîtrisées et par d'autres causes aussi, le sexe des personnages est à nouveau exprimé et même exprimé avec une certaine violence, un certain lyrisme panthéiste et des amplifications, des hyperboles. Cela se situe dans les années 1976 et 1977, au moment de la mort de ma mère et de ma maladie de prostate (adénome à la prostate- séjour de deux semaines à l'hopital Henri Dunand).
Mais, avant d'aborder la description des oeuvres de cette période, il me faut pour rester clair, évoquer les principales catégories de la population taillandier-landaise et ses mythes fondamentaux.

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Quand je suis parti pour le Népal, à la fin de mai 1970, - ai-je besoinde le répèter? - j'avais ma mythologie personnelle et je connaissais beaucoup de gens du taillandier-land. Je savais que les taillandier-landaises pouvaient avoir plus de seins que la nature n'en donne ordinairement aux femmes; en d'autres termes, qu'elles pouvaient être polymastes (c'est le sculpteur Robert Couturier qui m'a appris ce joli mot). Je savais que les centaures taillandier-landais pouvaient être améliorés et qu'ils pouvaient avoir plus de troncs horizontalement que la légende n'en donne aux centaures. Je connaissais les amoureux de la hauteur dont les troncs superposés font du corps une sorte de pilier mouvant ponctué de paires de bras. Je savais que la loi d'amélioration par augmentation qui semble régir le développement anatomique dans le taillandier-land pouvait produire de très gros corps du genre de celui de Gargantua, Pantagurel ou Gulliver... Et jetant sur le taillandier-land un regard définisseur, je me disais que c'était bien là un territoire imaginaire conçu par un européen, un occidental préoccupé de force physique,de puissance physiologique, de pouvoir matériel et d'importance corporelle.
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Comment la dernière étape fut-elle franchie? J'ai quelque peine à le dire, à l'écrire précisement, aujourd'hui samedi 6 aout 1978, avant dernier jour très probable de mon séjour à l'hopital Claude Bernard, chambre 8, pavillon Lemiere(aile droite du pavillon Roux). D'abord, je n'ai pas emporté de documents en rentrant ici le 25 Juillet 1978, à midi.
Comme l'indique les notations de température de la page(5), j'avais un forte fièvre. J'avais emporté, en quittant la maison, ce cahier de note (NoteèBook) fait du meilleur papier préparé à Tokyo....
Mais j'ai très peu dessiné. J'avais abandonné depuis des années le dessin pour la littérature et la critique d'art. Le 25 juillet, il y a onze jours, en entrant ici, j'eus un lapsus de critique d'art... ; j'appelai mentalement l'hopital non pas Claude Bernard, mais Emile Bernard, le jeune et étonnant influenceur de Gauguin...
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Quand j'étais enfant et que j'avais l'imagination prompte et apte à me fournir des objets de frayeur, je m'épouvantais à l'idée des frères siamois.
Ces liens de chair tangibles et permanent, cette dépendance réciproque et si étroite, étouffante m'inspiraient la plus vive horreur, et, pourtant, depuis, comme si j'eusse voulu conjurer cette horreur par l'aggravation et la répétition, j'ai fait bien pire. J'ai, par exemple, associé par la force de la même jonction physique la tête d'un personnage au pied d'un autre.
Je disais, en commençant (page9), exercer en taillandier-land les pouvoirs d'un potentat absolu. Je me demande maintenant si je ne devrais pas dire pour être honnête que ce potentat est aussi un bourreau. Le bourreau des taillandier-landais et des taillandierèlandaises serait TAILLANDIER lui-même.
Il est vrai que je puis me défendre en disant que si le taillandier-land est mon rêve, le taillandier-land, c'est moi-même, et, mpar conséquent, je suis mon propre bourreau. Mais je ne veux pas m'engager dans ce systhème de défense. Je préfère constater que les taillandier-landais les plus bourrelés par la situation où je les mets n'ont l'air d'en souffrir aucunement et présentent un visage calme et, très souvent, souvent, souriant, voire béat.

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Comment suis-je passé d'un conglomérat de têtes à un simple cordon associatif? C'est selon toute vraisemblance, par le même motif qui amena quelque ancien dessinateur de Jaïpur à inventer un cheval décacéphale. Et ce motif, c'est la paresse. Représentez-vous le travail que représente une barre de têtes, une chaine céphalique; tous les yeux, toutes les bouches, tous les nez, tous les mentons qu'il faut dessiner; et, pour n'eêtre pas ennuyeux, il faut varier soit la forme, soit l'expression de tous ces organes; pour une tête, il faudra de grands yeux, pour sa voisine de petits; et il faudra décider qui l'emportera sur l'autre dans l'empiètement, le petit oeil ou le grand ? .... page 60 du cahier 1978


TAILLANDIER YVON


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