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> YVON TAILLANDIER
à la MAISON DES ARTS de CHATILLON

18 septembre 2008 - 10 novembre 2008
Châtillon

Souvent je me suis réjoui de voir que des peintres amis et dont j'estimais l'oeuvre exposaient à Chatillon. Aussi suis-je extrêmement heureux de présenter dans cette belle ville si accueillante aux oeuvres artistiques, ces témoignages de mon monde imaginaire que je nomme le "taillandier-land". Ce monde, que j'aime mieux désigner plus modestement comme un pays, contrairement à l'univers de la Bible, ne s'est pas créé en six jours, mais en plusieurs dizaines d'années....







YVON TAILLANDIER

- L’écriture mène à tout à condition d’en sortir, énonce le dicton, mais il ne saurait résumer l’aventure picturale d’Yvon Taillandier, car le verbe est chez-lui davantage qu’une valeur ajoutée. Ceci posé, après un parcours nourri et brillant dans la critique d’art, avoir été un randonneur inquiet, il s’est progressivement orienté vers les pouvoirs de la forme, du volume et de la couleur. Artiste complet, doté d’un savoir artistique exempt de préjugés, il s’en remet à sa « mémoire errante », autrement dit, aux pulsions de sa supra-conscience et à ce qu’il prélève au cœur du vivant, pour lever une ronde anthropomorphe enjouée, où se meuvent et s’imbriquent les acteurs affolés de sa mythologie personnelle.
- Mais peut-être s’agit-il d’une incursion sur une planète inconnaissable conçue à son usage ? Une Planète assortie d’une suite de saynètes, comme des récits en raccourci, où l’absurde le dispute à la logique, et le cocasse à la dérision. Et cette fantasmagorique parfois aux allures de fresque, dans le sillage revisité de la « Figuration narrative« , de baliser l’espace dans un lexique volubile à l’imagination féconde, sous l’intitulé global de « Taillandier-land ». Et même si ces images sont émaillées de références historico-culturelles, Taillandier a su se délester d’une connaissance trop prégnante, pour libérer « la couleur de ses rêves ». Dans une spontanéité jubilatoire, où la forme demeure une question de sens.
- De cette iconographie en délire, peuplée de lutins voyageurs, émane quelque chose de touchant et de fraternel, qui élude à la fois la morale et les artifices de la séduction. Et ce qui frappe encore, dans cette pantomime éclatée, c’est le passage d’un thème à ‘autre, sans que la pertinence du style s’en trouve altérée, chaque proposition multi-facettes possédant sa symbolique particulière et sa propre organisation structurelle. Reflets de ses germinations mentales, les sujets, les attitudes et les situations inventés par l’artiste, se renouvellent donc constamment et se constituent par cycles contigus, en abordant sur un ton plus facétieux que grave, les grands problèmes de société et le recours aux textes littéraires, avec en surplomb, la place de l’homme dans le désordre du monde.
- Alors, s’installent sur un mod frontal vertical ou horizontal, en envahissant le support : des faces ricanantes semées de mini-silhouettes pluri-jambistes, de nombreuses autres reliées par un long cordon fédérateur, des visages sommaires d’aspect lunaire, certains affublés de langues de caméléon, des pyramides de troncs superposés, des véhicules lippus, des gueules voraces et vomissantes, des postures érotiques, des alignements de têtes écrasées, des êtres-chenilles ou aéronefs, des machines volantes, des objets non identifiés, des divinités aztèques, des centaures, des couples aux regards perdus, des cyclistes parés de réminiscences pré-colombienne ou bien des sculpture cartonnées… qui rendent compte par association d’idées, de mots et d’images, d’un univers incongru où la réalité toujours décalée, renvoie au fabuliste.
- Enfin, pour nouer les composants de ses trames foisonnantes, Yvon Taillandier cultive un dessin de contour simple et précis, dont les circonvolutions ramifiées accueillent les coloris solaires et tranchés qui détachent les figures. En découle une mise en page fusante et ajourée qui lace des séquences mitoyennes, coordonnées par une narration fractionnée, dont le fil n’est pourtant jamais rompu. Souple et alerte, la course continue - discontinue de la main, contrôle la définition linéaire du champ, et en dépit, ici, du goût revendiqué pour les emmêlements bord à bord, c’est l’essentiel du rendu qui prévaut, et avant tout ce qu’il sous-entend.
- Dans ses périples labyrinthiques ininterrompus, témoin lucide de son époque, Yvon Taillandier nous entraîne en permanence où on ne l’espère pas, en ces régions où le territoire de l’art et celui du jeu conjuguent leurs convergences.

Gérard XURIGUERA
Août 2008











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