Yvon Taillandier Accueil
Oeuvres Biographie Ecrits Actualités Revue de presse Contact
Actualites
Actualités

> Les Taillandiers-Landais sont en deuil

03 mars 2018

Les Taillandiers-landais sont en deuil

Yvon Taillandier, critique et historien d’art et artiste peintre, est décédé à Avignon samedi 3 mars 2018. Il avait 91 ans.

Il est considéré comme le père de la « figuration libre » incarnée par de nombreux artistes, notamment Keith Haring, Jean Michel Basquiat, Hervé Di Rosa et dont l’un des chefs de file est aujourd’hui Robert Combas.

Né à Paris le 28 mars 1926, Yvon Taillandier révèle très tôt des talents de dessinateur. Il expose ses premiers portraits en 1942 à la galerie « l’Art Français » à Lyon où il réside alors. Il n’a que 16 ans.

Il ne fait pas d'étude supérieure, ni d'école d'art. C’est un autodidacte ; il apprend surtout de ses contacts avec le milieu intellectuel et artistique dans lequel il évolue.

Il s'initie ainsi au dessin, à l'histoire de l'art et au goût pour la peinture ancienne.

A cette période il acquière la présence des lignes qui dominera dans ses œuvres ultérieures.

De retour à Paris à l'âge de 19 ans, il est plutôt attiré par l’écrit et s'intéresse à la critique d’art et à l’histoire de l’art.

Il écrit son premier roman en 1946 (les voyageurs involontaires), rédige des contes et poèmes qu'il publiera par la suite.

Il rencontre Braque en 1945, Derain en 1948, et est nommé Secrétaire du Comité du Salon de Mai en 1949 et le restera jusqu'en 1968.

Le salon de Mai regroupe à l’époque des artistes contre le fascisme autour du critique d’art Gaston Diehl et notamment des nouveaux talents : Miro, Giacometti, Pignon.

Ce Salon se tiendra chaque année essentiellement à Paris, au Palais de Tokyo, avant les travaux d'aménagement du Musée d'art moderne de la Ville de Paris.

Ainsi, Yvon Taillandier va être en contact avec les plus grands peintres d’art moderne. Il rencontrera Picasso en 1951, Giacometti en 1952, Miro, Calder, Soulages, Pignon, Moro, Laurens.

Comme critique d'art, Yvon Taillandier collabore à la revue Connaissance des arts de 1953 à 1968 et à la revue XXè siècle.

Comme historien de l’art, il publie de très nombreux articles et ouvrages consacrés à Giotto, Monet, Rodin, Gauguin, Cézanne,… Dans la presse on salut son regard novateur sur ces grands artistes.

Yvon Taillandier va notamment s'attacher à l'histoire de l'art moderne dont il publiera un ouvrage important : « Les naissances de la peinture moderne – histoire de la peinture inventive de Ingres au tachisme »;

Il publiera en 1961 « le voyage de l'oeil », parcours d'un néophyte qui découvre la peinture abstraite, livre dans lequel sa vision artistique se conceptualise.

Il s’imprègne de ses échanges avec les artistes de son temps. Ainsi, lors d’un entretien avec Giacometti qu'Yvon Taillandier recevait chez lui, la fenêtre donnait sur un jardin, et les deux artistes voient passer une femme en robe vert clair traversant une étendue herbeuse de couleur vert foncé.
Giacometti dit : « si elle avait porté une robe rouge nous ne l'aurions pas vue ».

S’engage alors entre eux un échange sur la hiérarchie des moyens picturaux et la prédominance du mouvement, qui attire le regard, sur le contraste des couleurs qui ne se perçoit pas au premier abord.

C’est dans ce contexte qu’Yvon Taillandier élabore son inspiration de peintre : « j’ai constaté que les tableaux sont vus et lus, que ces deux opérations sont contradictoires et qu’il s’agit de les concilier ».

Il développe une réflexion sur la liberté de lecture que donne le tableau.
« Les impressionnistes se sont débarrassés du clair-obscur, les expressionnistes ont fait fi de l’anatomie classique, les cubistes de la perspective, les surréalistes ont rejeté le carcan du rationalisme et de la logique, enfin les abstraits ont éliminé la contrainte du sujet ».

Par sa conception figurative et narrative, Yvon Taillandier a la volonté d’inscrire son œuvre dans un courant visant à dépasser l’abstraction, qui s’intitulera « la figuration libre ».

« Les abstraits prétendaient que figurer c’était emprisonner et paralyser la faculté d’invention ».

Ainsi son œuvre donne autant à voir qu’à lire, en créant un lexique figuratif, un monde imaginaire, « le Taillandier-land », peuplé de personnages à l’anatomie folle, qui inspirent « un sentiment d’ingéniosité, voire d’astuce et de délectation ».

Pour Yvon Taillandier le spectateur doit « se sentir libre autant que l’artiste, et même plus que lui ».

Nous sommes en 1970, et Yvon Taillandier décide de se consacrer entièrement à la peinture. Il a cessé sa collaboration avec « connaissance des arts » depuis 2 ans.

C’est le sculpteur Daniel Milhaud, fils de Darius Milhaud, le grand musicien, qui l’informe qu’un atelier d’un ancien menuisier est à vendre au pied de la butte Montmartre, 8 rue de l’Agent Bailly dans le 9è arrondissement. Il s’y installe en 1970.

Sur la devanture de cet atelier, alors recouverte de tags et de graffitis, Yvon Taillandier réalise sur plus de 20 mètre de long une peinture murale directement sur l'ancien revêtement. Il intitulera : « l’Ambassade du Taillandier-Land ».

Exposée depuis plus de 40 ans en extérieur, cette œuvre est aujourd’hui en cours de restauration, à l’initiative d’une association de quartier : « l’œil du Huit », 8 rue Milton à Paris (9è) et sur financement participatif.

En investissant ainsi l’espace urbain, l’artiste signait là, une œuvre caractéristique du street art naissant à l’époque, et représentative du courant d’art contemporain dont il a posé les fondements : « la figuration libre ».

Ainsi Yvon Taillandier est considéré comme le père de la « figuration libre » incarnée par de nombreux artistes, notamment Keith Haring, Jean Michel Basquiat, Hervé Di Rosa, Robert Combas.

Yvon Taillandier crée sur tous types de supports : toiles, cartons, papiers, journaux, bois, vêtements, murs, meubles, valises, poteries, livres, automobiles.
Il réalise des peintures murales pour des écoles ainsi qu’un immense totem peint que l’on peut encore admirer dans le jardin d’hiver de l’hôpital Robert-Debré à Paris.

Comme sa peinture, Yvon taillandier est un artiste engagé, il s’exprime contre l’apartheid, pour la paix, la défense des femmes, en faveur des droits de l’homme ;

Sa vision volontariste et radicale, touche au merveilleux, au poétique, au politique, au fantasme.

Le monde imaginaire d’Yvon Taillandier nous est-il si éloigné ? qu’évoquent pour nous aujourd’hui ces étonnants personnages « aux organes multipliés, polycéphales, polybrachiens, polytroncs, polypèdes » ?

Yvon Taillandier nous explique que « loin de diviser, les tubes unissent et rassemblent ». C’est donc à un monde connecté que nous renvoie l’artiste, vision prémonitoire d’un univers peuplé d’internautes avant l’heure, reliés entre eux sur la toile, au sens propre comme au sens figuré.

Ainsi connectés, ces piétons, cyclistes, automobilistes ou aviateurs « à belle contenance » et parfois « à la tête hypertrophiée » en tirent leur énergie vitale, leur ingéniosité, qu’ils développent au sein de systèmes ou d’organismes complexes, sortes de PME ou de start-up, qui composent le Taillandier-land.

Son oeuvre est le reflet d’une vision positive du progrès et de la société qui le porte, même s’il n’en exclut pas un regard critique dans certaines de ses oeuvres, et qu’expriment avec force tous ces personnages très affairés et souriants. Finalement, ils sont très humains ces Taillandier-landais.

Dans un entretien avec Yvon Taillandier, en 1959, Miro disait : « l’art peut mourir, ce qui compte, c’est qu’il ait répandu des germes sur la terre ».

Yvon Taillandier a été aussi un jardinier, il a semé, irrigué, taillé, greffé et son œuvre est féconde.

En parlant de ses tableaux, il voulait qu’ils disent aux spectateurs : « nous vous aimons et la vie que nous vous montrons mérite d’être vécue avec ingéniosité et allégresse ».


Laurent Chabas





. . . . . . . .
bas

© Yvon Taillandier. Tous droits réservés