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> Yvon Taillandier et son taillandier-land
la peinture comme création de monde

01 janvier 2008 - 10 octobre 2010

Yvon TAILLANDIER a le gout du mot. Le mot des autres parfois, qu'il accueille au gré de ses très nombreuses lectures de fin lettré. C'est le mot-sésame, qui lui ouvre un univers de jeu, le bon mot, la formule surprenante qui libère l'éclair de malice caché au fond de ses yeux. Mais, il aime avant tout le mot sorti de ses forges, le mot-univers né du besoin constant d'inventer sa propre langue, le "taillandier-landais" : belibo, impopin, perabeco, trocebibi, etc. Serait-ce la gouaille d'un titi parisien gavé de bandes dessinées et adepte d'un nouvel esperanto ? Non : le travail d'un poète et d'un peintre fabriquant ses pépites par prélèvement de syllabes et hybridation de morceaux de mots. Tout créateur digne de ce nom invente d'abord son propre vacabulaire !
Yvon TAILLANDIER a le gout du motif. Si la belibo est d'abord un mot, dessinée sur le papier ou peinte sur la toile, elle déploie la "belle histoire de la boule" d'où tout dérive, elle propose un ensemble de figurations qui vont faire corps. Le mot-pépite agit alors en rhizome. Ainsi apparait le "personnage à belle contenance", ce perabeco à tête gavée de mots et de motifs, gargantuesques et lilliputiens, eux-mêmes sans cesse repris et ciselés de toile en toile. A l'instant de Rimbaud, le peintre peuple son univers intérieur pour en faire un "opéra fabuleux".
Yvon TAILLANDIER a le gout de l'objet. Il a toujours vécu entouré d'un peuple d'objets. Ceux-ci sonht venus des quatre coins de la planete où il a voyagé, rempli ses carnets de croquis, appris à disséquer et comparer les motifs artistiques, rencontré les autres et enseigné sa passion de l'art, qui est immense : Inde, Japon, Népal, Yougoslavie, Espagne, Cuba...: des paysages, des monuments, des oeuvres et des gens. Chemin faisant, il a su - avec sa première compagne - constituer une impressionnate collection d'art populaire du monde entier, qu'il lègue à présent à un musée français. ces pérégrinations lui ont révélé d'emblée son amour de l'objet authentique, insolite,souvent baroque et parfois méprisé. C'est l'objet qui surgit de la ferveur, s'empare de tout support (fer blanc, cire, bois, papier mâché...) et porte témoignage sur les croyances les plus profondes. Alors, il va falloir créer sa propre collection d'objets "taillandiétisés", et faire écho par une litanie personnelle à la liste populaire qui a été constituée. Très tôt, au début des années 1970, Yvon TAILLANDIER nous dit ainsi son goût du carton peint élevé en monument; du bois devenant chaise quasi royale, lutrin ou "bibliothèque pensante"; du livre, de l'automobile ou de la partition de musique historiés à sa façon; des valises, cafetières, oeufs en plâtre marqués de sa griffe; et jusqu'à ces serviettes de table maculées qu'il installe au coeur de ses créations picturales. Toute matière est à jamais noble. Duchanp l'a dit. TAILLANDIER l'accomplit.
Yvon TAILLANDIER a besoin de rhétorique, obsessionnellement et compulsivement. Besoin de cet art des figures de mots qui est en même temps art des figures de pensée. La sienne (rhétorique, pensée) passe par le plaisir de répéter, d'expérimenter des variantes, de les développer à l'envi, de les étirer selon les deux dimensions du plan et selon les ressources de la profondeur de champ. On y gagne le confort de suivre son fil rouge, l'impression de maîtriser un tant soit peu les aléas de l'aventure. Et comme Yvon Taillandier a le goût de l'histoire! Depuis 1950, dans ses txtes de critique d'art (1950-75), dans ses contes (1960-70) comme dans ses toiles (depuis 1970), il s'adonne à la même activité irrépressible. il explore les puissances du récit et de la figuration narrative depuis qu'il tient le pinceau, et ien avant ses épigones. Mais il ne s'agit pas pour lui d'obéir aux modalités traditionnelles de l'art de raconter, qui conviennent mieux à la littérature; passer d'un état initial à un état final par le moyen d'une transformation, tendre puis dénouer l'intrigue. Non! Il travaille sur cette ligne de crête qui rapproche description et narration,
tabularité de la première et linéarité de la seconde. Il demande donc à son spectateur, à la fois d'embrasser de coups d'oeils répétés la totalité de sa toile et d'emprunter sans arrêt les mille et un chemins d'un "voyage de l'oeil" qui suppose les itinéraires quelque peu balisés de la marche et les stations de repos de la contemlation. En somme, l'artiste narre et montre, comme il mêle sans cesse expression littéraire et expression picturale.
A y regarder de près, l'oeuvre d'Yvon TAILLANDIER ne parle vitalement que d'une seule réalité existentielle : le corps. Elle le célèbre avec euphorie, dans ce que l'on pourrait nommer sa difformité, son anormalité, voire sa monstruosité. Personnages bi-faces et siamois, aux membres étités et démultipliés, déesses polymastes généreuses, tout un cabinet des horreurs complaisamment développé devant nos yeux ! Et, partout, cordons ombilicaux et intestins, une mise en réseau qui repose sur une interminable "boyauterie" ! Bien sûr, cet univers révèle aussi quelques grandes réferences littéraires et artistiques (B. Cendras, Jules Verne, Jeanne d'Arc ...) ou quelques célébrations patrimoniales (Tour Effel, Notre Dame de Paris ...). Aucun artiste ne vit hors de son siècle et hors d'un ancrage spatio-temporel où il prend racine. Mais, si cet habillage de références compte énormément sur le plan symbolique, il n'est que plus superficiel au niveau de l'imaginaire. Car l'oeuvre repose tout entière et depuis ses origines de 1970 sur un mythe personnel obsédant : ce fantasme de régression au stade prénatal, intra-utérin. En ce sens, ce que Salvador Dali a dit sans toujours le faire, Yvon TAILLANDIER l'a toujours accompli !



Noël NEL
professeur des sciences de la communication, Université de Metz

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